Interview dE          Blaise Giezendanner

Bonjour Blaise, peux-tu te présenter en quelques mots ?

 Je m’appelle Blaise Giezendanner, j’ai 26 ans et je suis originaire de Chamonix. Je suis en équipe de France de ski et je suis spécialisé dans la descente et le Super-G.

 

Peux-tu décrire ta discipline ? Quelles sont précisément tes épreuves en ski alpin ?

 Je participe essentiellement aux épreuves de descente, Super-G et Super combiné. Le ski alpin se décline en 5 grandes disciplines qui vont du slalom à la descente. On part du slalom où l’allure des courbes et les virages est serrée jusqu’à aller de plus en plus droit pour la descente. Ce sont davantage les grandes courbes, la vitesse et les sauts qui caractérisent mes épreuves. Ce que je fais le plus est donc du ski de vitesse on va dire.

 

Les J.O. de PyeongChang sont ta première sélection pour les olympiades. Qu’est-ce que ça te fait de représenter la France ?

 C’est quand même une grande fierté car je pense que c’est un évènement majeur même si dans le ski alpin on ne dépend pas des olympiades, comme dans certains sports où les J.O. ont une importance majeure. Mais ça reste quand même important pour nous car c’est un évènement mondial. Les Jeux Olympiques sont une course un peu à part vis à vis de ce qu’on fait d’habitude. C’est aussi pour cela que je suis heureux de représenter la France !

 

Est-ce un évènement particulier par rapport aux autres compétitions ?

 Oui, l’événement en soi sera différent car ce n’est pas la même ambiance. Il y a moins de concurrents au départ car il y a une grande sélection. Beaucoup d’athlètes ne seront pas là. Ce sont aussi des « courses d’un jour » donc c’est bien différent de la Coupe du monde qui se déroule sur toute la saison. Enfin, il y a une médaille Olympique au bout !

 

Est-ce un objectif de carrière chez un sportif ?

 Pas forcément je pense. Le ski alpin n’est pas un sport qui ne dépend que des olympiades comme dans des sports du type athlétisme etc, où être champion olympique reste véritablement LA consécration. Chez nous, il y a d’autres titres qui sont tout aussi glorifiants ; que ce soit le classement général, les Globes de Crystal ou même les championnats du monde. Ensuite, il est vrai qu’être champion olympique peut nous permettre de toucher un plus grand public. Mais le titre de champion olympique n’est pas forcément toujours le but ultime dans notre discipline car il y a d’autres échéances extrêmement importantes !

 

Comment as-tu accueilli la nouvelle de ta sélection ?

 Il y a deux semaines (le 19 janvier 2018), on a fait le Super G où j’ai fini 9e. Je savais qu’en Super G j’avais beaucoup de chances d’y aller si je faisais un résultat et j’ai réussi à faire plutôt un gros résultat ! Dès l’arrivée je l’ai su, car c’est tout d’abord la première question que les médias m’ont posée en bas ; « Est-ce que vous pensez que ça suffit pour aller aux J.O. ? ». J’ai répondu que c’était possible car les critères de sélection annoncés étaient un top 10 en Coupe du Monde. Les coachs avaient l’air de dire que c’était gagné, que j’allais partir pour PyeongChang avec eux. Chose qui n’était absolument pas sûre avant cette course ! J’étais plutôt content !

 

Comment as-tu vécu puis surmonté ta blessure de septembre 2017 pour faire finalement partie de la sélection des J.O. 2018 ?

Je me suis blessé au genou en préparation en septembre lorsqu’on était en Amérique du Sud. C’était la première fois que je me faisais mal au genou. J’ai tout de même eu beaucoup de chance car je ne suis pas passé loin de me faire opérer ! Le chirurgien pensait que mon genou pouvait tenir. Et heureusement il a tenu ! Je n’ai donc pas pu m’entrainer, j’ai loupé le début des courses et je suis arrivé en milieu de saison au milieu des autres qui étaient déjà tous à fond ! Et moi j’étais là, à courir après mes skis… C’est pour ça que je ne pensais plus trop aux J.O. La qualification a été un grand soulagement ! Cette sélection n’est que du bonus après avoir vécu cela et presque accepté le fait que je risquais de ne pas pouvoir y aller.

 

Comment te sens-tu à l’approche des épreuves ?

 Il y a un peu de pression et d’excitation qui montent parce que c’est quelque chose de nouveau ! Déjà rien que le fait de faire ses affaires pour les Jeux, ça met un peu dans le bain. Néanmoins pour nous, en ski alpin, ça va être différent car on sera sur un site un peu isolé, ce qui recréera une peu une ambiance de Coupe du monde. On ne sera pas mélangé aux autres athlètes, on ne sera pas dans le village olympique etc. C’est peut-être le seul bémol car on ne pourra pas tout partager avec les autres athlètes de l’équipe de France mais ça sera tout de même exceptionnel ! J’ai très envie d’y aller ! On était déjà à PyeongChang il y a deux ans pour les tests avant les J.O. qui se sont bien passés pour moi. J’ai donc hâte d’y retourner ! Il y a aussi le fait de faire la cérémonie d’ouverture qui va être marquant, et va nous plonger dans l’ambiance des J.O.

 

As-tu des objectifs précis pour ces olympiades ?

 Non pas spécialement. J’ai fait un bon résultat à Kitzbühel (Autriche) récemment, que je suis allé chercher avec  de l’envie mais je n’ai pas encore forcément la confiance ni le bagage technique en ce moment pour espérer quelque-chose. Après je sais néanmoins que les J.O. sont des « courses d’un jour » et que j’ai toute mes chances et surtout rien à perdre ! J’aurai un bon dossard au départ, meilleur que d’habitude (entre 1 et 20 au lieu d’un dossard entre 20 et 30 après mon résultat en Coupe du monde). Je ne me fixe pas de limite et je verrai le moment venu !

 

Les JO demandent-ils une préparation spécifique ?

 Non pas tellement car dans notre discipline c’est particulier, les Jeux arrivent vraiment dans la continuité de nos compétitions. Je suis rentré de course le week-end dernier (20 – 21 janvier 2018), j’ai fait 3 ou 4 jours d’entrainement, puis je prends l’avion pour PyeongChang donc il n’y a pas de préparation spéciale pour les Jeux Olympiques. On ne va pas changer ce qu’on a l’habitude de faire. D’autant plus que les conditions sur place pour cette édition 2018 ne requièrent pas de préparation spéciale comme on peut en avoir lorsqu’on part s’entrainer en Amérique Nord où l’on monte à de très hautes altitudes. Il faut alors s’y acclimater.  Ici, l’altitude n’est pas si haute que ça donc aucune préparation particulière n’est exigée.

Quel est ton secret pour gérer la pression ?

J’avais quelques superstitions auparavant mais je les ai laissées de côté. Non pas vraiment en réalité. J’aime décompresser en parlant avec mon kiné au départ des courses, mais sinon rien de particulier, bien que je me force toujours à chausser mon ski gauche avant mon ski droit !

 

As-tu déjà connu des situations critiques à gérer ?

 Je ne suis pas quelqu’un qui me prends la tête pour les mauvais résultats. Il est vrai que j’ai quand passé une année difficile avec cette blessure mais le fait de se faire mal c’est la vie, c’est le jeu ! Quand je suis revenu à la compétition je me doutais que ça allait être dur mais je ne pensais pas me confronter à une telle difficulté, voire être « à côté de la plaque » à ce point parfois. C’était très dur de revenir comme ça et de ne pas y arriver au début. Ce qui est tout à fait normal pourtant car je ne suis pas non plus champion du monde. J’ai dépensé pas mal d’énergie nerveusement.

 

Tu es encore au début de ta carrière ?

 Oui tout a fait. J’ai 26 ans et quand on regarde les meilleurs mondiaux, ils ont entre 30 et 35 ans à peu près. C’est l’expérience qui pèse avant tout dans notre sport. D’autant plus en descente où les pistes et les circuits de Coupe du monde sont toujours les mêmes. Donc sur ce type de course que je n’ai disputé que 2 fois, comparé à un concurrent qui l’a fait peut-être 15 fois, il saura mieux appréhender la piste, il aura plus d’expérience que moi. Donc c‘est clair que l’expérience joue beaucoup. Cependant, aujourd’hui, cette vision est peut-être un peu obsolète étant donné que les jeunes chaussent les skis de plus en plus tôt,  sortent de plus en plus tôt, et sont souvent meilleurs de plus en plus tôt. 

 

Ton plus beau souvenir/le moment le plus fort de ta carrière ?

 Pour l’instant, je citerai cette course à Kitzbühel l’autre jour, qui m’a fait un bien fou (Super-G, 19 janvier 2018) parce que faire 9ème est un des meilleurs résultats de ma carrière pour l’instant. D’autant plus que je l’ai fait après blessure donc c’était vraiment encourageant!

Ensuite, je garde quand même un souvenir d’il y a deux ans lorsque j’ai fait 9ème en Coupe du monde à Chamonix en descente. J’étais chez moi, il y avait mes parents à l’arrivée, donc c’était quand même quelque chose de fort! La Coupe du monde à la maison c’est quand même exceptionnel!

 

Quels sont tes objectifs de carrière à long terme ?  Tant au niveau sportif que professionnel ?

 J’espère que ma carrière sera la plus longue possible tout d’abord.  Car plus est longue, plus ceci signifie qu’elle marche ! Ensuite, c’est clair que les podiums en Coupe du monde font rêver ! On a tous envie de victoires ! Donc j’espère un jour y arriver et dans pas trop longtemps si possible.

 

Quel impact de ta vie de sportif de haut niveau sur ta vie privée ?

 On ne se rend pas forcément compte  qu’on a un rythme de vie très exigeant. Nos compétitions se déroulent de fin novembre/début décembre jusque début mars ce qui ne paraît pas très long. Cependant, pour trois mois de compétition, on a huit mois de préparation ce qui demande une grande implication. Les gens ne s’en rendent pas forcément compte car c’est un « sport d’hiver », alors que je finis ma saison seulement début avril et que je la reprends début mai. J’ai un mois de vacances et le reste du temps je suis à droite à gauche ; en Amérique du Sud, sur des glaciers en Europe… C’est un boulot à plein temps ! C’est tout de même assez complexe d’avoir une vie à côté. Je sais pertinemment que certains sont à fond dans le ski, y dédient toute leur vie. Lorsqu’ils rentrent chez eux c’est ski, ski et ski ! Moi j’aime bien faire quelques coupures, retrouver mes amis etc…

 

La saison continue donc l’été en réalité ?

 Tout à fait ! En mai, juin, juillet,  c’est musculation et beaucoup de sport – 5 à 6 jours sur 7 – et ensuite il y a le ski qui recommence en juillet/août sur les glaciers. Puis on part un mois et demi en Amérique du sud donc on est toujours un peu à droite à gauche.

 

Un mot sur la place du ski alpin parmi les sports d’hiver en France ?

 Je pense – sans critiquer les autres sports – que le ski alpin est mine de rien le sport majeur des sports d’hiver. Surtout pendant les olympiades même si aujourd’hui le biathlon prend une ampleur assez incroyable avec Martin Fourcade, et grâce à sa diffusion sur la chaîne publique L’Equipe 21. Leur sport s’est beaucoup développé ces dernières années. C’est génial pour eux ! J’aime beaucoup ce sport !

Mais à mon avis le ski alpin reste la discipline phare des sports d’hiver, celle qui est la plus connue du grand public, celle qui va être la plus regardée pendant les J.O.

 

Un conseil pour les jeunes qui voudraient suivre ta voie ?

 Je leur dirais que l’implication commence assez tôt, dès 14 ans lorsqu’on te dit que tu dois aller au lycée à Pétaouchnock pour suivre Sport Etudes ! Donc c’est dur de se mettre dedans quand on est jeune mais il faut s’impliquer à fond et après si tu as envie de faire de la descente, et bien surtout, prends ton temps, car ce n’est pas la discipline la plus facile qui existe !

 

Y-a-t-il une dernière chose que tu voudrais évoquer ?

 Pas spécialement, mais je suis content d’être là et de faire ce que je fais. J’arrive à vivre du ski donc j’en suis quand même assez heureux. Aller aux Jeux c’est une expérience incroyable et j’espère en profiter  à fond !

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