Interview de Marie-Amélie Le Fur

Athlète handisport française, détentrice de huit médailles lors des Jeux Paralympiques

Capture d’écran 2018-11-01 à 10.40.02.pn

Interview de
Stéphane Houdet

Champion de tennis en fauteuil

Marie-Amélie Le Fur est une athlète handisport française. A 30 ans, elle est détentrice de huit médailles paralympiques d'athlétisme. Elle vient de plus de battre cette année le record du monde de saut en longueur avec un résultat de 6,01 m...

 

Peux-tu te présenter en quelques mots et expliquer ton parcours ? 

Je m’appelle Marie-Amélie Le Fur et je suis Championne paralympique. En parallèle de ma carrière sportive, je suis salariée pour le groupe EDF en tant que pilote d’affaires sur la relation écoles/entreprise. 

Quand j’étais petite, je voulais devenir sapeur-pompier professionnel. Mais à l’âge de 15 ans, je suis amputée d’une jambe (sous le genou) à la suite d’un accident de scooter. Forcément, la possibilité de pratiquer le métier de pompier s’effondre. Cependant, j’ai eu la chance de pouvoir continuer ma seconde passion : le sport. Je pratiquais l’athlétisme depuis l’âge de 6 ans. J’ai repris la course pour la première fois 4 mois après mon accident grâce au tournage d’un film (Celle qui reste), ma première prothèse de sport. 

Comment as-tu trouvé la force de surmonter une telle épreuve ? 

Tout d’abord, j’ai été intensément soutenue par mon entourage. Ensuite, c’est le sport qui m’a permis d’avancer, de me fixer des objectifs pour avancer dans cette nouvelle vie. 

Tu es détentrice de huit médailles paralympiques et de douze médailles mondiales. Quel est donc ton secret pour gérer la pression ? 

Gérer la pression est effectivement quelque chose que j’ai vraiment dû travailler. J’ai choisi de m’orienter vers le saut en longueur et c’est une discipline dans laquelle j’ai eu durant de nombreuses années des difficultés à gérer la pression négative. 

Avec mon préparateur mental, nous avons fait le choix d’analyser comment je réagissais sur d’autres compétitions qui étaient moins importantes que les Jeux. On s’est rendu compte que lors des compétitions de haut niveau, je voulais tellement réussir, j’étais tellement focalisée sur le résultat, que je ne prenais plus de plaisir. Donc on s’est dit que le Jour J, on allait arrêter de penser au résultat, de vouloir faire le saut parfait et nous avons décidé de simplement chercher à appliquer des consignes travaillées en amont. 

Finalement, en cessant de me focaliser sur le résultat, j’ai trouvé une concentration qui n’était pas hermétique au plaisir, au fait de partager avec la famille, et d’avoir du bonheur d’être sur la piste. Tout cela m’a permis de réduire mon stress. 

Quel est le moment le plus fort de ta carrière ? 

Il y en a plusieurs mais mon premier titre paralympique à Londres en 2012 reste vraiment exceptionnel car c’est le premier, car il y a l’incertitude de la victoire puis le partage avec les coachs, amis et proches. C’est un merveilleux moment dont je garde un très bon souvenir. 

Tu as été la co-présidente avec Teddy Riner de la commission des athlètes pour la candidature de Paris aux JO 2024. Peux-tu nous dire en quoi consiste ce poste exactement ? 

Nous avions, au travers de cette commission, deux rôles principaux : apporter notre regard d’athlètes expérimentés, de personne ayant fait les jeux pour les différents dossiers à rendre au CIO et pour donc faire en sorte que ces jeux soient spectaculaires, utiles, durables et optimisés pour les sportifs. Une fois les dossiers rendus, le rôle de la commission des athlètes était d’animer la communauté sportive pour qu’elle adhère au projet, qu’elle le connaisse et le soutienne. Tout ceci pour avoir une réponse positive le 13 septembre. 

Les Jeux Paralympiques ne bénéficient pas de la même couverture médiatique que les Jeux Olympiques. Pourquoi les deux événements se déroulent-ils à deux semaines d’écart et non pas au même moment ? Penses-tu que ça soit simplement un problème de logistique ou encore un manque de reconnaissance ? 

Je pense pas que ca soit un manque de reconnaissance qui vise à séparer les deux Jeux. 

Pour moi, la meilleure des solutions n’est pas forcément de mélanger les deux Jeux mais de faire grandir les jeux paralympiques aux yeux du grand public en leur expliquant que c’est la même préparation, la même difficulté, les mêmes émotions et que la beauté du sport, les performances y sont également présentes. 

Tu serais plutôt pour ou contre des jeux (olympiques / paralympiques) mêlant les handi et les valides ?
 

Je ne pense pas pouvoir dire que je suis contre mais dans le contexte actuel je n’estime pas que ce soit le meilleur des systèmes. Pour moi, si on diminue le temps de pause entre les deux Jeux qui est de 2 semaines, si on réfléchit à avoir une unique cérémonie d’ouverture et de clôture pour les deux, ça permettrait d’allier les deux compétitions sans les mélanger et surtout sans perdre la présence de sports mineurs, très peu médiatisés en dehors des jeux. 

Il ne faut pas oublier que les Jeux Paralympiques et Olympiques sont un moment de reconnaissance télévisée de sports plus méconnus. Réunir les deux Jeux, interroge le risque de revenir sur les sports de base que sont l’athlétisme, la natation, ou le cyclisme. Nous perdrions alors l’encart médiatique sur les autres sports. 

Et Finalement, le fonctionnement actuel nous offre de beaux moments de reconnaissance puisque nous savons que la personne qui a acheté son ticket vient parce qu’elle voulait voir les Jeux paralympiques, nos performances, car elle les reconnait à leur juste valeur. C’est donc une manière de valoriser les athlètes Handisport et leur reconnaissance en tant qu’athlète de haut niveau.

 

On dit qu’un sportif portant une prothèse a un avantage lors d’une course par rapport à un sportif valide. Cette polémique est arrivée avec la participation d’Oscar Pistorius (sprinteur sud-Africain) aux Jeux Olympiques de 2012 à Londres. Es-tu d’accord avec cette théorie ? 

La polémique était surtout portée sur le fait de porter non pas une prothèse mais deux, ce qui confère un caractère totalement différent au débat. Courir avec deux prothèses limite beaucoup moins la capacité motrice de l’individu, n’engendre pas la même fatigue et les mêmes mécanismes de compensation que lorsqu’on court avec une seule prothèse. 

Pour moi, actuellement les prothèses ne remplacent pas à 100% une jambe. Mais, si l’on prend maintenant la décision d’accepter des athlètes munis d’un tel matériel, dans quelques années cela posera un problème. Comment quand la science aura augmenté, que les prothèses seront encore plus performantes, pourra-t-on faire marche arrière ? Cela pourra s’apparenter à du dopage technologique. On utilise un matériel qui n’est pas commun à l’ensemble des participants (puisque non-utilisé par les valides). 

 

Cette année tu as été nommé ambassadrice de la campagne « EX-AEQUO, parfois l’égalité est une victoire », une campagne contre les discriminations telles que : l’homophobie, le racisme, le sexisme et la stigmatisation du handicap. Est-ce que tu peux nous parler de cette campagne et de son message ? 

Cette campagne avait été lancée par l’ancienne Ministre des Sports Laura Flessel. L’idée était de valoriser le bien vivre ensemble dans le sport en traitant la notion de différence et de discrimination au sens large. Nous sommes partis des différents préjugés, stéréotypes qu’il est possible de rencontrer dans le sport et des ambassadeurs ont ensuite été choisi pour incarner ces valeurs. 

Moi, en tant que femme sportive en situation d’handicap, je souhaitais montrer que nous faisons tous le même sport, que nous avons tous la même volonté de faire des performances. Et qu’il est très important de se respecter les uns les autres dans les différences que nous possédons. 

Aurais-tu un conseil pour les jeunes handicapés qui voudraient suivre ta voie? 

Mon conseil c’est la maxime de Saint Exupéry : “Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve, une réalité.” Même si notre handicap nous empêche de faire beaucoup de choses, au quotidien, si il y a une chose dont nous ne sommes pas privés, c’est la capacité de rêver et d’avoir des ambitions. 

Il faut qu’ils se donnent eux-mêmes les moyens d’y arriver. Cette phrase, pour moi, permet de casser l’auto-censure que pourraient connaitre les jeunes en situation d’handicap. Se dire « Ce n’est pas pour moi parce que je suis handicapé » efface forcément une part d’ambition, d’objectifs. L’idée c’est de leur dire « non, tu as le droit d’avoir des objectifs, de l’ambition même si oui effectivement, ta condition de personne en situation de handicap ne va pas rendre les choses plus faciles, ça va nécessiter quelques adaptations mais si déjà toi tu y crois, tu trouveras des gens qui t’accompagneront et qui t’aideront dans ton projet pour réussir ». 

Capture d’écran 2018-10-18 à 16.34.05.pn

Interview de
Benoît Hétet

Directeur Marketing  chez FFH

Capture d’écran 2018-10-18 à 16.46.41.pn

Rencontre avec Julia Simon

Biathlète des J.O. de Pyeongchang

Nous contacter

Sports Business Consulting

24 Avenue Gustave Delory

59057 ROUBAIX

Téléphone

+33 6 89 19 89 94

  • Facebook - White Circle
  • LinkedIn - White Circle
  • Twitter - Cercle blanc
  • Instagram - Cercle blanc