Le cricket, entre outil de contestation et mine d'or en Inde :

Importé par les Britanniques au XVIIIe siècle, le cricket joue un rôle clé dans la société indienne. Sujet géopolitique, il est aussi devenu un élément central de la lutte des classes dans un pays où la pauvreté demeure prégnante. Pourtant, depuis quelques années, il est devenu l’objet d’un business dans lequel les contrats se chiffrent en milliards de dollars. Retour sur l’histoire d’un sport à l’ampleur nationale…

Le cricket comme sujet géopolitique :

Utilisé comme moyen d’éducation par les colons occidentaux, le cricket a été perçu par les Indiens comme une chance de prouver qu’ils étaient égaux aux Britanniques. Lorsqu’en 1915 sont organisés les premiers Madras Presidency Matches, les Indiens n’ont qu’une chose en tête : affronter et battre les Britanniques. Alors que les colons croyaient que leur éducation et leur éthique avaient été acceptées par le pays asiatique, la société indienne, elle, développait en réalité un mouvement de contestation et d’émancipation à travers ce sport. Riches et pauvres se sont alliés pour soutenir cette cause, porter cette résistance et pousser ce sport qui, à force de développement d’infrastructures et de ralliement de la population, est devenu le sport national.

Au-delà de la résistance opposée aux Britanniques, le cricket a aussi eu comme rôle majeur d’améliorer et de renforcer les relations entre l’Inde et le Pakistan. Après plus de 17 ans de conflit entre les deux pays, le dialogue a été renoué en 1978 avec les « cricket series », une série de matchs qui a amené les deux ennemis à s’affronter. De même, le cricket a ranimé les liens entre les deux pays en 2004, cinq ans après le conflit du Kargil, nouvel élément de rupture entre les deux pays. Finalement, le cricket exerce en Inde un « soft power » assez impressionnant ; il constitue un véritable facteur de paix.

L’Indian Premier League, ou « quand le cricket bascule vers le sport business » …

Après une victoire en Coupe du Monde en 1983, les entreprises indiennes ont saisi l’opportunité et ont décidé d’investir massivement dans un sport qui compte plus d’un milliard de spectateurs. Rapidement, l’engouement s’est fait sentir et l’idée d’en faire un véritable business a éclos dans les têtes des magnats indiens, dont un certain Lalit Modi, premier président de l’Indian Premier League… L’idée de ce nouveau championnat est de se rapprocher du spectacle : simplification des règles, réduction du nombre d’équipes et show à l’américaine avec pom pom girls, chanteuses et autres ingrédients qui font glisser ce sport vers l’Entertainment. La recette a marché : les équipes ont été vendues pour plus de 700 millions de dollars, Pepsi a payé 76 millions de dollars pour devenir le partenaire principal et surtout, Sony Entertainment Television s’est offert les droits TV de la ligue pour 1,6 milliards de dollars.

Un championnat étoilé aux antipodes d’une société rongée par la pauvreté :

Même si l’Inde affiche des perspectives de croissance économique impressionnantes, elle traîne derrière elle une classe de la population qui s’embourbe dans l’indigence. En 2008, au lancement de la nouvelle formule du championnat, près de 30% des Indiens restaient sous le seuil de pauvreté. Et même si ce chiffre baisse constamment depuis le début des années 1990, il reste préoccupant et met en exergue les écarts de richesses qui persistent en Inde.

Pour autant, doit-on s’indigner devant l’ampleur des dépenses engagées dans l’Indian Premier League ?

Le débat mérite d’être lancé car il est clair que ces sommes d’argents paraissent démesurées par rapport à l’extrême pauvreté de certains, mais qu’à l’opposée, le spectacle offert par le cricket est utile à ces populations exclues qui trouvent une échappatoire grâce à ce sport.

Quoiqu’il en soit, le cricket a pris une place majeure dans l’histoire de l’Inde et aujourd’hui, ce sport qui était au départ un moyen de protestation est devenu une véritable industrie de l’Entertainment, dans un pays qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin si l’on en croit l’engouement grandissant autour du football et du tennis...

Quentin Andrieux

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