Le Qatar, nouvel acteur du sport business

      Le PSG, Barcelone et Malaga, trois des huit équipes qualifiées pour les quarts de finale de la Ligue des champions ont un point commun : elles sont toutes liées financièrement au Qatar. Jamais un groupe d’intérêts, économique ou étatique, n’a pesé autant sur une compétition sportive d’une telle ampleur. Cet état de fait n’est pourtant qu’une récente manifestation d’un processus en marche depuis le début des années 2000: tournois de tennis, de golf, tours cyclistes du Qatar masculin et féminin, Grand Prix moto, Jeux asiatiques (2006), championnats du monde d'athlétisme en salle (2010), sponsoring du FC Barcelone, rachat du Paris-SG et bientôt championnats du monde de handball en 2015 et coupe du monde de football en 2022… le Qatar est devenu sans conteste la plaque tournante du paysage sportif mondial.

 

     Comment expliquer qu’un micro état (d’une superficie proche de la Corse) au climat aride, peuplé d'environ 1,7 millions d'habitants (dont 15% de nationaux) ait pu s’imposer de la sorte dans le sport business ? Il y a tout d’abord de nombreux éléments explicatifs endogènes au premier rang desquels les revenus colossaux issus du gaz (3eme réserves mondiales) et du pétrole. Cet argent a permis au pays de mettre en place des projets uniques comme en témoigne les maquettes des neuf stades à construire pour le mondial de football. De plus le climat hostile à la pratique du sport (des températures entre 40 et 45 °C en été) a vite cessé d’être une limite grâce aux prouesses technologiques des ingénieurs qataris (nuages climatisateurs à 500 000 euros l’unité placés au dessus de chaque stade). L'Aspire Zone, au sud de Doha, complexe le plus vaste et le plus moderne du monde, réparti sur plus de 200 hectares (sept fois l’Insep rénové du bois de Vincennes) dont le fleuron est l'Aspire Academy, un établissement sports-études ultramoderne viennent compléter le panaroma d’un pays qui a fait du sport l’un des piliers de son fonctionnement et de son identité. A ce modelage interne s’ajoute des instruments de communication à l’international incomparables. BeIN Sport en France pour laquelle Nasser al-Khelaïfi, , a déjà déboursé plus de 500 millions d'euros en droits de diffusion de la Ligue 1 et de la Ligue des champions est un bon exemple de cette stratégie marketing mondiale.

 

     Mais si plus de dix chaînes de télévision au Qatar diffusent 24 heures sur 24 des matchs de football du monde entier, la passion pour le sport est assez paradoxale dans le pays : les soirs de match, les stades de Doha sont en effet quasi déserts. En réalité, l’investissement de l’émirat dans le sport n’est pas le fruit d’un engouement national mais bien d’une décision géostratégique majeure. . Le Qatar n'a ni les moyens ni la volonté de se constituer une armée suffisamment forte pour contrer les éventuelles menaces multiformes qui pourraient advenir. Le hard power classique étant hors de sa portée, il ne peut donc miser que sur le soft power pour être reconnu sur la carte du monde. L’émir a été marqué par l’invasion du Koweit en 1990 qui selon lui résulte d’une inexistence de l’Etat sur la scène internationale. Le sport serait donc un moyen de protection pour le Qatar. L’émir du Qatar explique lui-même que le sport est "la seule religion pratiquée par tout le monde" et que cette religion produit des idoles nationales qui permettent de lier tout un peuple. En investissant dans le sport, le Qatar fait donc coup double, il renforce le sentiment national tout en se positionnant sur l’échiquier géopolitique mondial. En outre, les ressources minières qui s’amenuisent poussent l’Emirat à se diversifier. Le pari du Qatar pour le Soft Power est osé surtout que la limite est bien ténue entre visibilité et surreprésentation. C’est le lot de toute expansion idéologique, après l’anti-américanisme, un anti-qatarisme ne serait-il pas en train de se former ? L.M.

Nous contacter

Sports Business Consulting

24 Avenue Gustave Delory

59057 ROUBAIX

Téléphone

+33 6 89 19 89 94

  • Facebook - White Circle
  • LinkedIn - White Circle
  • Twitter - Cercle blanc
  • Instagram - Cercle blanc